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Dates d’ouverture: 04 juin au 08septembre 2025

Chapitre 2 - La rivière comme témoin, le choc de deux mondes

Dès le milieu du 16e siècle, le fleuve Saint-Laurent attire les regards pour ses richesses marines et aquatiques. À cette époque, les échanges avec les Premières Nations demeurent rares, timides, presque silencieux. Les pêcheurs, dans leurs embarcations, sillonnent les eaux sans nécessairement s'ancrer sur les rives.  

Peu à peu, les techniques de pêche se transforment. Les hommes s'installent en bordure du fleuve, profitant de la saison chaude pour exploiter les ressources du fleuve et même faire sécher leurs poissons. Cette présence saisonnière, répétée d'année en année, ouvre la voie à des contacts plus soutenus avec les peuples autochtones (Bouchard, 1988, p. 30). Au fil des marées et des étés, la présence européenne se densifie sur les rives du Saint-Laurent, et avec elle, les rencontres entre les peuples se multiplient.  

Fleuve Saint-Laurent. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane.
Tadoussac, [Vers 1890-vers 1965], Archives nationales à Québec, Collection Magella Bureau, (03Q,P547,S1,SS1,SSS1,D684), Photographe non identifié. 

Les premiers échanges officiels prennent forme autour du poste de traite de Tadoussac, établi en 1600. Ce lieu devient le point d'ancrage d'un commerce plus structuré à travers le territoire, une porte d'entrée vers les outils et les objets venus d'Europe.  

C'est ainsi que les Ilnus du Saguenay-Lac-Saint-Jean accèdent à certains produits de base. Le poste agit comme un carrefour, un lieu de rencontre où les peuples convergent, transportant avec eux les ressources à échanger selon leurs besoins. Pour les Premières Nations, il n'est pas nécessaire à ce moment que les Européens s'enfoncent davantage dans le territoire : Tadoussac suffit (Guitard, 1984, p.13). 

Au printemps 1647, le Jésuite Jean de Quen apprend qu'un bon nombre de Premières Nations en bordure d'un lac nommé le "Piék8agami" souffre de la maladie. Cette sollicitation permet alors au jésuite d'entreprendre son voyage (Bouchard, 1986, p.8). 

De Quen entreprend alors un long périple, remontant le cours des eaux et des rencontres. Son passage par Chicoutimi marque une étape clé avant d'atteindre le pays des Kakouchacks, au cœur d'un territoire encore méconnu des Européens (Piédalue, 2015, p. 21).  

La rivière comme témoin, Jean de Quen se rend jusqu'à la Métabetchouane, une amorce importante pour l'histoire locale.  

Lac Saint-Jean. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane. 
Rivière Métabetchouane. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane. 

Ce long périple, porté par la ténacité des voyageurs, révèle peu à peu les richesses insoupçonnées du territoire. Bois, fourrures, voies navigables : autant d'atouts qui éveillent l'intérêt du gouverneur de Lauzon. À ses yeux, le potentiel de traite de ce secteur devient évident, et l'idée d'un développement plus soutenu commence à germer. (Guitare, 1984, p.14). 

Entre 1647 et 1672, ce sont principalement les missionnaires qui amorcent une présence durable dans la région de la rivière Métabetchouane. D'abord portés par une vocation spirituelle, leur mission prend rapidement une tournure plus matérielle. Les besoins logistiques, les échanges croissants et la réalité du territoire les poussent à ériger une structure plus pérenne : un poste de traite (Bouchard, 1988, p.37).  

Dans les années qui suivent, plusieurs missionnaires sillonnent et documentent le territoire. Pourtant, peu parviennent à en offrir une description claire dans leurs rapports. Deux constats majeurs émergent toutefois : d'une part, les Premières Nations présentes manifestent une forme de résistance passive face à l'arrivée des Européens sur leurs terres; d'autre part, plusieurs lieux d'échanges sont mentionnés, dont celui de la rivière Métabetchouane, qui revient un peu comme un point névralgique dans les récits (Guitare, 1984, p.16). 

The Fortified Trading Post of the French Regime in Canada Gravure de Charles William Jefferys, 1909 BAC (C-007024). Bibliothèque et Archives Canada.  
Les postes du Domaine du Roi. Piédalue, 2014.

À partir de 1674, le roi de France décrète que le territoire du Saguenay devient un domaine royal. Désormais, le commerce des fourrures y est réservé à la Couronne, et les revenus générés par cette activité affluent directement vers le souverain. Les droits de commerce sont « fermés » aux marchands indépendants, tandis que les compagnies, détentrices de privilèges, distribuent des « congés » à des tiers — des autorisations temporaires d’exploiter la traite (Piédalue, 2015, p. 22). 

La rivière Métabetchouane devient bien plus qu'un lieu de passage : elle incarne le point de bascule entre les mondes. Témoin des premiers pas européens sur le territoire, ses berges gardent en mémoire échanges, tensions et les débuts d'une longue histoire partagée.  

Le Centre d’histoire et d’archéologie de la Métabetchouane vous invite à plonger au cœur de cette mémoire ancienne grâce à son exposition dédiée à la période de contact et aux postes de traite. Retracez l'arrivée européenne dans notre région et visualiser nos cartes immersives. 

Abonnez-vous pour ne pas manquer le prochain chapitre! Le poste de traite : carrefour des mondes

Sources :  
Bouchard, R. (1988). Le Pays du Lac-Saint-Jean. 
Guitard, M. (1984). Des fourrures pour le Roi au poste de Métabetchouan. Ministère des Affaires culturelles, Direction régionale du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  
Piédalue, G. et al. (2015). Intervention archéologique sur le site du Poste de traite de Chicoutimi (site DcEs-1) Rapport de la phase 2 (2014). https://pulperie.com/app/uploads/2018/04/Rapport-DcEs-1-2014.pdf  

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