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Dates d’ouverture: 04 juin au 08septembre 2025

Chapitre 4 - La rivière attend

Le temps de vie du poste de traite français en bordure de la rivière Métabetchouane est d'une durée limitée. Son occupation commence vers 1676 et se termine autour de 1700, et peut-être même dès 1697. Pendant presque toute son existence, le poste est dépendant de celui de Chicoutimi, qui agit comme un centre régional (Guitare, 1984, p.51).  

Le développement des postes est interrelié, chacun s'inscrit dans un réseau d'échanges, où les fonctions commerciales, religieuses et linguistiques se répondent d'un site à l'autre.  

Rivière Métabetchouane. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane
Reconstitution d'un poste de traite. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane. 

Le motif d'abandon du poste qui revient le plus fréquemment concerne la concurrence.  

Entre Trois-Rivières, la Mauricie et la Compagnie de la Baie d'Hudson qui représentent des points de commerce majeurs pour la colonie française, Métabetchouane, qui seconde encore Chicoutimi, voire Tadoussac, a de la difficulté à maintenir la cadence (Guitare, 1984, p.56-57). 

Dance ce réseau interrelié, les flux de marchandises, les alliances stratégiques et les priorités logistiques finissent par reléguer Métabetchouane à un rôle secondaire, moins en mesure de soutenir cette compétition.  

Une autre hypothèse importante concernant l'abandon de Métabetchouan touche la consommation d'alcool ainsi que l'ivrognerie. À l'origine, les autorités religieuses s'opposent fermement à la consommation d'alcool dans le cade de la traite. Pourtant, on rapporte que gagner l'affection des Premières Nations, certains offrent de l'alcool lors des arrivées ou des départs.  

Selon les sources, ces pratiques mènent à des abus et à l'émergence de dépendances. Bien que la traite tente de documenter les échanges, les coureurs des bois, opérant hors du cadre légal, échangent librement de l'alcool, sans encadrement ni restriction (Guitare, 1984, p. 56-57). 

Ce phénomène contribue à fragiliser les relations et pourrait expliquer en parti le retrait volontaire de certaines communautés dans le secteur.  

Marchandises d'un poste de traite. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane. 
Forêt hivernale en bordure de la rivière Métabetchouane. Centre d'histoire et d'archéologie de la Métabetchouane. 

Il est également mentionné que la nourriture pourrait être l'une des raisons du déclin du poste de la  Métabetchouane. Le caribou, l'orignal et le castor sont chassés pour la traite ainsi que pour l'alimentation. Au départ, on ne se soucie guère des délais de reproduction, surtout dans une période où ces animaux sont abondants. Rapidement, le territoire se vide de ses bêtes. Avec moins de source de nourriture, les hommes qui les chassent s'éloignent également du poste de traite. Le lac Saint-Jean devient un lieu de rendez-vous plus qu'un lieu d'habitation. De cette perspective, la route des Premières Nations se modifie, ce qui impacte directement le poste de traite lui-même (Guitare, 1984, p.57).  

Un autre événement majeur entre en jeu. Il s'agit de la crise du castor. Les entrepôts débordent de fourrures tandis que les forêts se vident de cet animal. Comme la conservation de la viande, en conserve notamment, n'est pas encore en pratique à cette époque, la quasi-extinction du castor et de l'orignal entraîne une crise alimentaire. Les Premières Nations en subissent les conséquences. Plusieurs témoignages évoquent des périls liés à la malnutrition, aggravés par les maladies européennes. Rien ne va (Guitare, 1984, p.58). 

L'abandon du poste de traite de la Métabetchouane se résument à une exploitation abusive des ressources fauniques, des feux de forêts dévastateurs et une ivrognerie persistante (Bouchard, 1986, p.13). Ces facteurs écologiques, sociaux et moraux marquent la fin d'un cycle, celui d'un poste qui n'a pas su résister aux excès de son époque.

Le poste de traite ferme donc ces portes, laissant derrière lui un commerce fragilisé. Le secteur recommence à être fréquenté vers 1716, alors que certains missionnaires tentent de restaurer le territoire, mais les visites sont rares et les délais entre les passages sont assez longs. Quelques pères missionnaires font le voyage vers le lac Saint-Jean, mais leur présence se concentre davantage à Tadoussac, où les structures religieuses sont mieux établies (Bouchard, 1988, p. 45).

Le poste est fermé, mais le territoire demeure vivant, la rivière attend.  

Sur la rivière Metabetchouane, 1941, Archives nationales à Québec, Fonds Ministère de la Culture et des Communications, (03Q,E6,S7,SS1,D2,P1048), Gustave Bédard.

Le Centre d’histoire et d’archéologie de la Métabetchouane vous invite à venir vivre l'expérience d'un poste de traite avec son exposition dédiée à ce sujet. Venez comprendre l'étendue de la présence française sur notre territoire, comprendre les impacts de la traite et même voir la reconstitution de notre chapelle!  

Abonnez-vous pour ne pas manquer le prochain chapitre! Et le castor parle... anglais?

Sources :  
Bouchard, R. (1986). Métabetchouan: du poste de traite à la ville. Société historique du Saguenay. (Histoire des municipalités, No. 3). 
Bouchard, R. (1988). Le Pays du Lac-Saint-Jean. 
Guitard, M. (1984). Des fourrures pour le Roi au poste de Métabetchouan. Ministère des Affaires culturelles, Direction régionale du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  

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